Procuration de Soins Médicaux
Qu'est-ce qu'un Procuration de Soins Médicaux ?
La Procuration de Soins Médicaux en Belgique est régie par Loi du 22 août 2002 relative aux droits du patient et confère au mandataire le pouvoir d'agir au nom du mandant dans les limites fixées par le droit belge du mandat.
La personne de confiance désignée dans la procuration dispose, lorsqu'elle est activée, de l'ensemble des droits du patient tels que définis par la Loi du 22 août 2002 : droit à l'information sur l'état de santé, droit de consulter et de copier le dossier médical (article 9 de la Loi), droit de consentir ou de refuser les interventions médicales (article 8 de la Loi), et droit de porter plainte devant la fonction de médiation compétente (Service de médiation fédéral Droits du patient — SPF Santé publique, ou fonction de médiation locale de l'hôpital).
La procuration de soins médicaux se distingue du mandat extrajudiciaire de protection régi par la Loi du 17 mars 2013 réformant les régimes d'incapacité : ce dernier a une portée patrimoniale et personnelle générale, tandis que la procuration de soins médicaux est limitée aux décisions médicales. Elle se distingue également des directives anticipées négatives (refus de traitement en fin de vie) prévues par la Loi du 28 mai 2002 relative à l'euthanasie et par la réglementation sur la déclaration anticipée d'euthanasie enregistrée auprès de la commune et du SPF Santé publique.
En Belgique, la procuration de soins médicaux peut être rédigée sous seing privé. Pour maximiser sa valeur probante et faciliter son acceptation par les équipes médicales, il est recommandé de la rédiger en présence de deux témoins majeurs et capables, de la dater, de la signer, et d'en remettre copie au médecin généraliste, à l'hôpital de référence et aux membres de la famille proches. Certains hôpitaux belges (CHU de Liège, UZ Brussel, CHU UCL Namur) proposent d'intégrer la procuration au dossier médical électronique du patient, facilitant ainsi son accès par toutes les équipes soignantes.
La jurisprudence du Conseil d'État belge et des tribunaux civils a précisé que le praticien de santé est tenu de respecter la volonté exprimée par le représentant dûment mandaté, sauf si cette volonté est contraire à la dignité du patient, à l'intérêt de celui-ci ou à l'ordre public. Le SPF Santé publique publie régulièrement des recommandations à destination des professionnels de santé sur l'application pratique de la Loi du 22 août 2002 et sur la gestion des situations de conflit entre la volonté du représentant et l'avis médical.
L'Ordre des médecins belge (Conseil national de l'Ordre des médecins) a adopté des avis déontologiques précisant les obligations du médecin face à une procuration de soins médicaux : le médecin doit vérifier l'authenticité du document, s'assurer que le mandant était capable au moment de sa rédaction, et consulter la personne de confiance pour toute décision médicale significative concernant le patient incapable. En cas de conflit entre le représentant et l'équipe médicale, la voie de recours est la médiation interne hospitalière, puis le Service de médiation fédéral ou le Tribunal de première instance compétent.
Quand avez-vous besoin d'un Procuration de Soins Médicaux ?
La procuration de soins médicaux en Belgique est recommandée dans plusieurs situations où l'anticipation d'une incapacité temporaire ou permanente à exprimer ses souhaits est utile ou nécessaire.
Les personnes âgées ou atteintes d'une maladie évolutive (maladie d'Alzheimer, Parkinson, sclérose en plaques, BPCO avancée) ont intérêt à désigner une personne de confiance avant que leur capacité de discernement ne soit altérée. La procuration permet à la personne de confiance d'accéder au dossier médical, d'informer l'équipe médicale des souhaits du patient et de prendre les décisions médicales qui s'imposent, sans attendre l'intervention du Juge de paix pour une mesure de protection judiciaire.
Les adultes devant subir une intervention chirurgicale sous anesthésie générale ou une procédure médicale lourde ont intérêt à rédiger une procuration de soins médicaux avant l'opération. Si des complications surviennent et que le patient est dans l'impossibilité d'exprimer son consentement, la personne de confiance désignée pourra prendre les décisions nécessaires en accord avec l'équipe médicale du service de chirurgie ou des soins intensifs de l'hôpital.
Les personnes vivant seules, sans conjoint ni enfants, dont les proches les plus disponibles ne sont pas des membres de la famille directe au sens de la hiérarchie légale de la Loi du 22 août 2002, ont particulièrement intérêt à désigner une personne de confiance par procuration. Sans ce document, c'est la hiérarchie légale qui s'impose, et un frère ou une sœur qu'on ne voit plus pourrait être appelé à prendre des décisions médicales au détriment d'un ami proche ou d'un partenaire de longue date.
Les personnes dont les convictions religieuses ou philosophiques impliquent des choix médicaux spécifiques (refus de transfusion sanguine, refus de certains traitements, souhait d'une prise en charge palliative exclusive) ont intérêt à désigner une personne de confiance qui connaît ces convictions et pourra les faire valoir auprès de l'équipe médicale, en particulier dans les situations d'urgence où le patient est inconscient.
Les parents d'adultes souffrant d'un handicap mental ou d'une maladie psychiatrique qui souhaitent désigner un représentant médical pour leur enfant, en coordination avec le système de protection judiciaire organisé par le Juge de paix en vertu de la Loi du 17 mars 2013, peuvent utiliser la procuration de soins médicaux comme document complémentaire pour préciser les souhaits du patient en matière de soins.
Les résidents belges séjournant temporairement à l'étranger pour une longue durée peuvent désigner un représentant médical en Belgique pour les éventuelles situations d'urgence affectant leur santé à leur retour, ou pour les membres de leur famille restés en Belgique dont ils souhaitent assurer la représentation médicale.
Que faut-il inclure dans votre Procuration de Soins Médicaux ?
La procuration de soins médicaux belge doit comporter des éléments précis pour être reconnue par les praticiens de santé, les hôpitaux et, le cas échéant, par le Juge de paix ou le Tribunal de première instance.
Identification complète du mandant (patient). Nom, prénoms, date et lieu de naissance, numéro de registre national (NRN), adresse de résidence principale, groupe sanguin et allergies médicamenteuses connues si le patient souhaite les mentionner, médecin généraliste traitant avec coordonnées, et coordonnées de l'hôpital de référence habituel. Ces informations permettent aux équipes médicales d'identifier rapidement le patient et de contacter son médecin traitant.
Identification de la personne de confiance (mandataire médical). Nom, prénoms, date de naissance, numéro de registre national, lien avec le patient (conjoint, enfant, ami proche, partenaire de vie), adresse, numéro de téléphone principal et numéro d'urgence, adresse email. Il est recommandé de désigner un mandataire principal et un mandataire subsidiaire pour pallier l'indisponibilité éventuelle du premier.
Étendue des pouvoirs conférés à la personne de confiance. La procuration doit préciser les décisions que la personne de confiance est habilitée à prendre au nom du patient : droit d'accéder au dossier médical et d'en obtenir copie (article 9 de la Loi du 22 août 2002), droit de consentir aux interventions médicales proposées par l'équipe soignante, droit de refuser certains traitements ou examens, droit d'être informé de l'état de santé du patient et de l'évolution de la pathologie, droit de prendre connaissance des options thérapeutiques proposées et de choisir parmi elles en accord avec les valeurs du patient, droit de demander un second avis médical auprès d'un autre spécialiste.
Instructions médicales anticipées du patient. Le patient peut détailler dans la procuration ses préférences en matière de traitement : type de prise en charge souhaitée (curative, palliative ou de confort uniquement), position sur la réanimation cardio-pulmonaire (RCP), position sur la ventilation artificielle, position sur la nutrition parentérale ou entérale en phase terminale, souhait éventuel de décès à domicile ou en soins palliatifs, convictions religieuses ou philosophiques à respecter, refus de certaines interventions spécifiques. Ces instructions s'inscrivent en complément et non en remplacement des directives anticipées d'euthanasie réglementées par la Loi du 28 mai 2002.
Limites de la procuration et situation de conflit. La procuration doit préciser les limites des pouvoirs de la personne de confiance, notamment : s'il existe des décisions que la personne de confiance ne peut pas prendre sans consulter d'autres membres de la famille (décisions irréversibles sur les traitements de maintien en vie), les situations dans lesquelles le médecin peut outrepasser l'avis du représentant pour préserver l'intérêt du patient, et la procédure à suivre en cas de désaccord entre la personne de confiance et l'équipe médicale (médiation interne, Service de médiation fédéral Droits du patient du SPF Santé publique).
Durée de validité et révocation. La procuration peut être à durée indéterminée (jusqu'à révocation) ou limitée à une période définie (par exemple, pendant une hospitalisation précise). La révocation doit être notifiée par écrit au médecin généraliste, à l'hôpital de référence et à la personne de confiance désignée. Une procuration postérieure annule la précédente. Le patient dont la capacité est altérée peut être assisté par une personne de confiance provisoire désignée par le Juge de paix dans le cadre d'une mesure de protection de la personne. Pour les dossiers soumis au modèle de forms-legal.com, la conservation d'une copie signée chez le médecin généraliste est fortement recommandée.
Signature, témoins et conservation. Pour la validité pratique du document : signature manuscrite du patient en bonne santé et en pleine possession de ses moyens intellectuels, signature de deux témoins majeurs et capables attestant de la capacité et de la liberté de consentement du patient au moment de la signature, date et lieu de signature. Les témoins ne doivent pas être les mandataires désignés ni des héritiers potentiels du patient. Conservation : un original chez le patient, une copie chez le médecin généraliste, une copie chez la personne de confiance désignée, et idéalement une copie intégrée au dossier médical électronique de l'hôpital de référence.
Comment remplir votre Procuration de Soins Médicaux
Remplir une procuration de soins médicaux en Belgique nécessite une réflexion préalable sur ses souhaits médicaux et le choix de la personne de confiance. Suivez les étapes ci-dessous.
Étape 1 — Réfléchir à ses souhaits médicaux. Avant de rédiger la procuration, prenez le temps de réfléchir à vos convictions personnelles sur les soins en fin de vie, votre position sur la réanimation, la ventilation artificielle et les traitements de maintien en vie. Discutez-en avec votre médecin généraliste, qui peut vous informer des implications médicales pratiques des différentes options.
Étape 2 — Choisir la personne de confiance. Sélectionnez une personne en qui vous avez confiance absolue, disponible, capable de prendre des décisions difficiles sous pression, et dont vous êtes certain qu'elle respectera vos valeurs et vos souhaits. Discutez de votre choix avec elle avant de signer la procuration. Désignez également un mandataire subsidiaire en cas d'indisponibilité du premier.
Étape 3 — Renseigner les coordonnées du mandant. Indiquez vos nom, prénoms, date et lieu de naissance, numéro de registre national à 11 chiffres, adresse de résidence principale, coordonnées de votre médecin généraliste et de votre hôpital de référence.
Étape 4 — Renseigner les coordonnées de la personne de confiance. Indiquez ses nom, prénoms, date de naissance, NRN, lien avec vous, adresse, téléphone principal et numéro d'urgence. Si vous désignez plusieurs personnes de confiance, précisez si elles agissent conjointement ou subsidiairement.
Étape 5 — Définir l'étendue des pouvoirs. Précisez explicitement les droits que vous conférez à votre personne de confiance : accès au dossier médical, droit de consentir ou de refuser des traitements, droit d'être informé de votre état de santé, droit de demander un second avis. Indiquez les éventuelles limites de ces pouvoirs.
Étape 6 — Rédiger vos instructions médicales anticipées. Décrivez vos souhaits en matière de prise en charge : préférence pour les soins palliatifs si le pronostic est irréversible, position sur la réanimation cardio-pulmonaire, refus de certaines interventions. Ces instructions guident votre personne de confiance dans ses décisions.
Étape 7 — Mentionner vos convictions. Si vos convictions religieuses ou philosophiques influencent vos choix médicaux (par exemple, refus de certains traitements), mentionnez-les explicitement pour que votre personne de confiance puisse les faire valoir auprès des équipes médicales.
Étape 8 — Signer devant témoins. Signez la procuration en présence de deux témoins majeurs, capables et désintéressés (ni héritiers, ni mandataires désignés). Indiquez le lieu et la date de signature au format JJ/MM/AAAA. Les témoins signent à leur tour.
Étape 9 — Communiquer le document. Remettez un original signé à votre médecin généraliste pour intégration à votre dossier médical. Remettez une copie à votre personne de confiance. Transmettez une copie à l'hôpital de référence et informez vos proches de l'existence de ce document et de l'endroit où il est conservé.
Exigences juridiques pour Procuration de Soins Médicaux
La procuration de soins médicaux en Belgique s'inscrit dans le cadre de la Loi du 22 août 2002 relative aux droits du patient et de plusieurs textes connexes régissant la relation entre le patient et les professionnels de santé.
Loi du 22 août 2002 relative aux droits du patient. Cette loi fondamentale en droit médical belge consacre le principe du consentement éclairé (article 8), le droit à l'information (article 7), le droit de consulter le dossier médical (article 9) et le régime de représentation du patient incapable (article 14). L'article 14 organise la hiérarchie des représentants en cas d'incapacité du patient : en premier lieu, le mandataire désigné par le patient par écrit, puis l'époux ou le cohabitant légal ou de fait, puis un enfant majeur, puis un parent, puis un frère ou une sœur majeur. La procuration écrite prime donc sur la hiérarchie légale et permet au patient de désigner librement sa personne de confiance.
Capacité du mandant. Au moment de la rédaction de la procuration, le patient (mandant) doit être juridiquement capable et en possession de ses facultés mentales. Une procuration rédigée par un patient dont la capacité est déjà altérée au moment de la signature peut être contestée par les professionnels de santé, par la personne de confiance elle-même ou par d'autres membres de la famille devant le Tribunal de première instance ou le Juge de paix. Le médecin généraliste peut attester de la capacité du patient au moment de la rédaction, ce qui renforce la valeur probante du document.
Obligations du praticien de santé. L'article 14 § 2 de la Loi du 22 août 2002 oblige le praticien à respecter la volonté exprimée par le représentant dûment mandaté. Toutefois, si le praticien estime que la décision du représentant est contraire à l'intérêt du patient, il peut refuser de la mettre en œuvre, à condition d'en informer le représentant et de consigner sa décision dans le dossier médical. En cas de désaccord persistant, la médiation interne de l'hôpital ou le Service de médiation fédéral Droits du patient (SPF Santé publique) peut être saisi.
Relation avec les directives anticipées d'euthanasie. La procuration de soins médicaux ne confère pas à la personne de confiance le droit de demander l'euthanasie au nom du patient. L'euthanasie est régie par la Loi du 28 mai 2002 relative à l'euthanasie, qui impose une déclaration anticipée spécifique enregistrée par écrit et répertoriée dans la base de données nationale gérée par le SPF Santé publique. La déclaration anticipée d'euthanasie doit être renouvelée tous les 5 ans pour rester valable.
Conservation et accessibilité. Le SPF Santé publique recommande la conservation d'un original signé chez le médecin généraliste, intégrable au dossier médical électronique (DME) du patient selon les systèmes informatiques en place dans les hôpitaux belges (Healtheon, Medibridge, etc.). La Plateforme eHealth gérée par l'AGENCE eHealth (établissement public) permet dans certains hôpitaux d'intégrer des documents de volonté anticipée au dossier électronique du patient, facilitant leur accès par tous les praticiens concernés lors des urgences.
Limites légales. La personne de confiance ne peut pas prendre de décisions allant à l'encontre des droits fondamentaux du patient reconnus par la Convention européenne des droits de l'homme et par la Constitution belge (art. 22 — droit à la vie privée, art. 23 — droit à la santé). Elle ne peut pas non plus prendre des décisions contraires aux règles déontologiques de l'Ordre des médecins belge ou aux protocoles médicaux des hôpitaux belges accrédités par l'INAMI.
Erreurs courantes à éviter dans votre Procuration de Soins Médicaux
La rédaction d'une procuration de soins médicaux en Belgique donne lieu à des erreurs fréquentes qui peuvent réduire l'efficacité du document ou engendrer des conflits lors de son activation.
Erreur 1 — Confondre procuration de soins médicaux et déclaration anticipée d'euthanasie. La procuration de soins médicaux désigne une personne de confiance pour prendre des décisions médicales générales, mais ne constitue pas une déclaration anticipée d'euthanasie. Pour exprimer une volonté d'euthanasie en situation d'inconscience irréversible, une déclaration anticipée spécifique doit être rédigée et enregistrée selon les modalités de la Loi du 28 mai 2002 (enregistrement auprès de la commune et répertoriée dans la base de données nationale du SPF Santé publique, avec renouvellement tous les 5 ans).
Erreur 2 — Ne pas discuter du document avec la personne de confiance. Désigner une personne de confiance sans l'avoir informée de son rôle, de vos souhaits médicaux et de l'existence de la procuration expose à une situation où la personne désignée découvre son rôle dans un moment de crise et n'est pas en mesure de prendre des décisions éclairées. Discutez de vos valeurs, de vos peurs et de vos attentes avec votre personne de confiance avant de signer.
Erreur 3 — Ne pas remettre le document au médecin généraliste. Une procuration de soins médicaux conservée uniquement chez le patient ou dans un tiroir à domicile risque de ne pas être disponible lors d'une urgence médicale. Remettez systématiquement une copie signée à votre médecin généraliste pour intégration à votre dossier médical, et informez votre personne de confiance de l'endroit où l'original est conservé.
Erreur 4 — Rédiger la procuration trop tardivement. Rédiger une procuration de soins médicaux lorsque la capacité du patient est déjà altérée expose le document à une contestation pour défaut de capacité au moment de la signature. La Loi du 22 août 2002 requiert que le mandant soit capable au moment de la rédaction. Rédigez ce document en bonne santé, dans le cadre d'une planification de soins anticipée.
Erreur 5 — Oublier de désigner un mandataire subsidiaire. Si la personne de confiance principale est décédée, en voyage ou dans l'incapacité d'exercer son rôle, l'absence d'un mandataire subsidiaire conduit à l'application de la hiérarchie légale de l'article 14 de la Loi du 22 août 2002, qui peut désigner une personne que le patient n'aurait pas choisie pour prendre des décisions médicales en son nom.
Erreur 6 — Ne pas mettre à jour la procuration. Les circonstances de vie changent : rupture conjugale, décès d'un proche désigné, modification des convictions personnelles. Revoyez régulièrement votre procuration de soins médicaux (tous les 3 à 5 ans ou après un événement de vie significatif) et mettez-la à jour en révoquant la version précédente par écrit auprès de votre médecin généraliste et de la personne de confiance concernée.
Questions Fréquentes
En droit belge, la personne de confiance désignée dans une procuration de soins médicaux peut être toute personne majeure et capable, sans restriction de lien de parenté. La Loi du 22 août 2002 relative aux droits du patient autorise le patient à désigner librement son représentant médical, qui peut être un ami proche, un partenaire de vie sans lien juridique officiel, un voisin de confiance, un enfant adulte non prioritaire selon la hiérarchie légale, ou un membre de la famille éloigné. L'intérêt principal de la procuration écrite est précisément de permettre au patient de déroger à la hiérarchie légale prévue par l'article 14 de la Loi du 22 août 2002, qui désigne en priorité l'époux ou cohabitant légal, puis un enfant majeur, puis un parent, puis un frère ou sœur majeur. La personne de confiance ne peut pas être le praticien de santé traitant du patient ni un membre du personnel soignant de l'établissement dans lequel le patient est hospitalisé, pour éviter les conflits d'intérêts. Il est recommandé de désigner une personne disponible géographiquement et emotionnellement, capable de prendre des décisions sous pression et de maintenir un dialogue constructif avec les équipes médicales des hôpitaux belges, notamment dans les services de soins intensifs, d'oncologie ou de neurologie qui sont souvent concernés par les situations requérant l'intervention d'un représentant médical.
La procuration de soins médicaux fondée sur la Loi du 22 août 2002 relative aux droits du patient est en principe valable dans tous les hôpitaux et établissements de soins belges, qu'ils soient publics (CPAS, Communauté française, Communauté flamande) ou privés (cliniques catholiques, cliniques mutualistes). Tous les praticiens de santé belges (médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, pharmaciens) sont soumis à la Loi du 22 août 2002 et ont l'obligation légale de respecter la volonté exprimée par le représentant mandaté. Cependant, des nuances pratiques existent. Certains hôpitaux ont développé leurs propres formulaires de désignation de représentant ou de planification anticipée de soins, conformes à la législation fédérale mais adaptés à leurs systèmes informatiques. Dans les établissements ayant adopté le dossier médical électronique (DME) via la plateforme eHealth gérée par l'AGENCE eHealth, la procuration peut être intégrée au dossier électronique du patient, ce qui la rend accessible à tous les praticiens concernés lors des urgences. Pour les situations d'urgence (SAMU, MUG — Mobile d'Urgence et de Réanimation, service des urgences), la procuration sera plus efficace si une copie est disponible physiquement sur le patient ou si la personne de confiance peut la produire rapidement. Il est donc conseillé de conserver une copie numérique accessible sur téléphone portable (photo ou PDF) et d'informer les proches de l'existence et de la localisation du document original.
En droit belge, deux types de représentation personnelle coexistent, régis par des législations différentes et ayant des champs d'application distincts. La personne de confiance désignée par la procuration de soins médicaux fondée sur la Loi du 22 août 2002 relative aux droits du patient a des pouvoirs strictement limités aux décisions médicales : accès au dossier médical, consentement aux traitements, refus de certaines interventions, information sur l'état de santé. Elle n'a aucun pouvoir sur la gestion patrimoniale du patient (comptes bancaires, biens immobiliers, fiscalité). Le représentant désigné dans le cadre de la Loi du 17 mars 2013 réformant les régimes d'incapacité (mandat extrajudiciaire de protection) dispose de pouvoirs plus larges couvrant à la fois la gestion patrimoniale et éventuellement les décisions personnelles (soin, logement). Ce mandat extrajudiciaire doit être passé par acte authentique devant un notaire belge et enregistré au registre central des contrats de mandat tenu par la Fédération royale du Notariat belge (FRNB). Pour une protection globale anticipée, les notaires belges recommandent de combiner les deux instruments : un mandat extrajudiciaire pour la gestion patrimoniale et personnelle générale, et une procuration de soins médicaux spécifique pour les décisions médicales quotidiennes. Ces deux documents se complètent et ne se substituent pas l'un à l'autre.
La procuration de soins médicaux en Belgique est révocable à tout moment par le patient, tant qu'il est en possession de sa capacité juridique. La révocation doit être effectuée par écrit, datée et signée par le patient, puis communiquée à toutes les parties concernées : le médecin généraliste traitant (pour retrait du dossier médical), l'hôpital de référence, la personne de confiance désignée dans la procuration révoquée, et les autres membres de la famille qui auraient été informés de l'existence du document. Il n'existe pas de forme légale particulière pour la révocation : une lettre simple signée du patient suffit, bien qu'une lettre recommandée avec accusé de réception offre une meilleure sécurité juridique et permet de dater la révocation de manière certaine. Une nouvelle procuration rédigée postérieurement révoque implicitement la précédente, mais il est préférable de révoquer formellement l'ancienne plutôt que de laisser coexister deux documents potentiellement contradictoires dans les dossiers médicaux. Si le patient n'est plus en capacité de révoquer lui-même la procuration (par exemple, en raison d'une incapacité mentale), le Juge de paix peut être saisi pour prononcer une mesure de protection judiciaire se substituant à la procuration, conformément aux articles 488/1 et suivants du Code civil belge et aux dispositions de la Loi du 17 mars 2013.
En droit médical belge, les praticiens de santé sont tenus de respecter la volonté exprimée par la personne de confiance mandatée, conformément à la Loi du 22 août 2002 relative aux droits du patient. Toutefois, l'article 14 § 2 de cette loi prévoit une exception importante : lorsque le praticien estime que la décision du représentant est manifestement contraire à l'intérêt du patient, il peut refuser de l'appliquer. Dans ce cas, il doit informer la personne de confiance de son refus, consigner sa décision et les motifs dans le dossier médical du patient, et agir conformément à la déontologie médicale établie par le Conseil national de l'Ordre des médecins belge. Le désaccord entre la personne de confiance et le praticien peut être soumis à la médiation interne de l'hôpital (fonction de médiation locale ou ombudsman hospitalier) ou au Service de médiation fédéral Droits du patient du SPF Santé publique (accessible gratuitement). Si le désaccord persiste et que des décisions irréversibles sont en jeu, le Juge de paix peut être saisi en référé pour désigner un administrateur provisoire et trancher le conflit conformément à l'intérêt du patient. Les Tribunaux de première instance belges se réfèrent aux recommandations de la Commission fédérale de contrôle et d'évaluation du SPF Santé publique pour évaluer le comportement des acteurs médicaux dans les litiges relatifs aux droits du patient.
La procuration de soins médicaux belge fondée sur la Loi du 22 août 2002 n'est pas automatiquement reconnue dans les autres pays membres de l'Union européenne, faute d'un cadre juridique harmonisé en matière de représentation médicale. Chaque État membre de l'UE dispose de ses propres règles sur les directives anticipées et la représentation médicale. En France, la personne de confiance est prévue par la Loi du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades (Loi Claeys-Leonetti). Au Luxembourg, la Loi du 16 mars 2009 sur les soins palliatifs et les directives anticipées s'applique. Aux Pays-Bas, la Wet op de geneeskundige behandelingsovereenkomst (WGBO) régit la représentation médicale. Dans les pays de l'espace Schengen, un citoyen belge hospitalisé à l'étranger peut produire sa procuration belge, mais les praticiens étrangers n'ont pas l'obligation légale de la reconnaître. Les hôpitaux universitaires des pays voisins (CHU de Lille, Hôpitaux universitaires de Strasbourg, Akademisch Medisch Centrum d'Amsterdam) disposent généralement de services d'interprétation et de juristes médicaux capables d'analyser des documents de représentation étrangers. Pour les citoyens belges résidant ou séjournant fréquemment à l'étranger, il peut être utile de rédiger un document de représentation médicale adapté au droit du pays de séjour, en complément de la procuration belge.
En Belgique, l'information des services d'urgence sur l'existence d'une procuration de soins médicaux est un défi pratique important. Plusieurs solutions existent pour maximiser l'accessibilité du document en situation d'urgence. La première solution est d'informer le médecin généraliste et de demander l'intégration de la procuration au dossier médical global (DMG) tenu par le médecin généraliste, accessible via la plateforme eHealth en cas d'urgence pour les praticiens connectés au Résumé santé électronique (RSE/LSS). La deuxième solution est de porter sur soi une carte médicale de poche mentionnant l'existence de la procuration, le nom et le numéro de téléphone de la personne de confiance, et l'endroit où le document original est conservé. La troisième solution est d'activer les fonctionnalités de partage médical sur l'application itsme® (identité numérique belge) ou sur l'application MaSanté (portail santé du gouvernement fédéral belge — masante.be), qui permettent de partager certaines informations médicales avec les praticiens de santé. La quatrième solution est d'informer explicitement les proches (enfants, voisins) de l'existence de la procuration et de l'endroit où elle est conservée, de façon à ce qu'ils puissent la produire rapidement en cas d'urgence et contacter immédiatement la personne de confiance désignée. Pour les personnes âgées, le programme de Planification Anticipée des Soins (PAS) développé par les Maisons de repos et de soins (MRS/WZC) en Belgique intègre systématiquement les directives médicales anticipées dans le dossier résidentiel.
Ce modèle est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique. Les lois varient selon la juridiction et évoluent avec le temps. Consultez un avocat qualifié pour obtenir des conseils adaptés à votre situation.Clause de non-responsabilité complète
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