Contrat de Concession Exclusive France
Qu'est-ce qu'un Contrat de Concession Exclusive France ?
Le contrat de concession exclusive est, en droit français, l'accord par lequel un concédant réserve à un concessionnaire la revente de ses produits sur un territoire donné, encadré au regard du droit des ententes par l'article L420-2 du Code de commerce.
Le Contrat de Concession Exclusive en France se distingue du contrat de distribution exclusive simple par le niveau plus élevé d'intégration du Concessionnaire dans le réseau du Concédant. Le Concessionnaire doit respecter des standards de présentation, de formation et de service fixés unilatéralement par le Concédant, investir significativement dans l'aménagement de son point de vente conformément aux standards visuels de la marque (chartes graphiques, signalétique, mobilier d'exposition), maintenir un niveau minimal de personnel qualifié et certifié par le Concédant, et atteindre des objectifs de ventes annuels définis par territoire. Ces obligations d'investissement justifient une durée contractuelle plus longue (généralement 5 ans minimum) permettant l'amortissement des investissements initiaux et une indemnisation plus importante en cas de rupture brutale au sens de l'article L442-1 II du Code de commerce.
Le Règlement UE 2022/720 du 10 mai 2022 sur les restrictions verticales, en vigueur depuis le 1er juin 2022, constitue le cadre réglementaire fondamental de la concession exclusive en France et en Europe. Ce règlement définit les restrictions admissibles (safe harbor) et les restrictions caractérisées (hardcore restrictions) qui privent l'accord de l'exemption par catégorie. Sont notamment interdites comme restrictions caractérisées : l'imposition de prix de revente fixes ou minimums au Concessionnaire (article 4 a du Règlement), la restriction absolue des ventes passives (réponses à des sollicitations spontanées de clients hors territoire, article 4 b), l'interdiction des ventes en ligne sans critères objectifs (article 4 e), et les restrictions absolues des ventes croisées entre membres du réseau (article 4 d). Le seuil de parts de marché pour bénéficier de l'exemption automatique est de 30 % pour le Concédant et le Concessionnaire sur le marché pertinent.
La concession exclusive automobile fait l'objet d'un cadre réglementaire spécifique en France et en Europe. Le Règlement UE 461/2010 spécifique au secteur automobile a expiré le 31 mai 2023, et les contrats de concession automobile sont désormais régis par le Règlement général 2022/720. Cette évolution a conduit plusieurs constructeurs (Stellantis, Volkswagen, Mercedes-Benz) à convertir leurs réseaux vers le modèle de l'agent commercial (agency model), qui transfère le risque commercial au constructeur et s'accompagne d'une indemnité de fin de contrat obligatoire (Code de commerce art. L134-12). La Cour de Justice de l'Union Européenne (arrêt Coty Germany du 6 décembre 2017) a précisé les limites des restrictions admissibles dans les réseaux sélectifs, notamment la possibilité d'interdire la revente sur les marketplaces tierces pour les produits de luxe. Voir également le Contrat de Distribution Exclusive et le Contrat de Franchise pour les modes alternatifs d'organisation des réseaux de distribution en France.
Quand avez-vous besoin d'un Contrat de Concession Exclusive France ?
Le Contrat de Concession Exclusive en France est nécessaire dans toutes les situations où un Concédant souhaite organiser un réseau de revendeurs sélectifs avec exclusivité territoriale et obligations qualitatives, en garantissant à chaque Concessionnaire la protection de son territoire contre la concurrence intra-marque.
Réseau de distribution automobile en France. Pour les constructeurs automobiles français (Renault, Stellantis/PSA, Citroën) et étrangers souhaitant distribuer leurs véhicules en France, la concession exclusive automobile est le modèle dominant jusqu'à l'adoption croissante du modèle agent. Le Concessionnaire investit significativement (showroom conforme aux standards constructeur, atelier certifié, stock de véhicules exposition, personnel formé et certifié), ce qui justifie une exclusivité territoriale protégée et une durée contractuelle longue. Les investissements d'un concessionnaire automobile en France varient de 500 000 EUR à plusieurs millions EUR selon la marque et la localisation.
Distribution de produits de luxe et de prestige via un réseau sélectif. Pour les maisons de luxe (LVMH, Kering, Hermès, Chanel) et les marques de prestige (horlogerie, joaillerie, cosmétique haut de gamme), la concession sélective exclusive garantit que les produits ne sont distribués que par des points de vente respectant des standards qualitatifs élevés. La CJUE (arrêt Coty Germany du 6 décembre 2017) a confirmé la validité de la distribution sélective pour les produits de luxe, y compris l'interdiction de vente sur les marketplaces tierces (Amazon, eBay) non agréées. En France, l'Autorité de la concurrence (Décision n°22-D-15) applique strictement les conditions du Règlement UE 2022/720.
Distribution d'équipements industriels et de machines nécessitant un service après-vente spécialisé. Pour les fabricants d'équipements industriels complexes (machines-outils, équipements médicaux sous surveillance ANSM, équipements de construction Caterpillar, Komatsu, Liebherr), d'ascenseurs (OTIS, Schindler, Kone) ou de systèmes de climatisation industrielle, la concession exclusive garantit que la maintenance et le service après-vente sont assurés par des techniciens qualifiés et certifiés sur un territoire défini. Les engagements de stock de pièces de rechange, de formation du personnel et de délais d'intervention constituent des obligations contractuelles essentielles.
Distribution de produits pharmaceutiques ou dispositifs médicaux à travers un réseau agréé. Pour les distributeurs de médicaments (grossistes répartiteurs sous contrôle ANSM Agence Nationale de Sécurité du Médicament) ou de dispositifs médicaux (sous Règlement UE 2017/745 MDR), la concession exclusive permet de contrôler la chaîne de distribution jusqu'au point de vente final (pharmacies, cliniques, hôpitaux) tout en respectant les obligations réglementaires strictes de traçabilité et de pharmacovigilance.
Franchise et concession combinées. Pour les réseaux hybrides (franchise avec exclusivité territoriale), le contrat de concession exclusive peut être combiné avec des éléments de franchise (transmission d'un savoir-faire, licence de marque, assistance commerciale). Dans ce cas, la Loi Doubin n°89-1008 du 31 décembre 1989 codifiée à l'article L330-3 du Code de commerce impose la remise d'un Document d'Information Précontractuelle (DIP) au moins 20 jours avant la signature. L'absence de DIP peut entraîner la nullité du contrat pour vice du consentement (Cass. com. 10 juillet 2012).
Que faut-il inclure dans votre Contrat de Concession Exclusive France ?
Le Contrat de Concession Exclusive en France doit comprendre un ensemble d'éléments essentiels pour être valide, conforme au Règlement UE 2022/720 sur les restrictions verticales, et protecteur des intérêts des deux parties devant les juridictions compétentes.
Identification des parties et qualification du contrat. Dénomination sociale, forme juridique, siège social, numéro SIREN à 9 chiffres (Code de commerce art. R123-237), et représentants habilités. Vérification de l'identité via Kbis (infogreffe.fr, validité 3 mois). La qualification du contrat (concession exclusive, distribution sélective, franchise, agent commercial) doit être explicite pour déterminer le régime applicable. Si le contrat comporte des éléments de franchise (transmission de savoir-faire, licence de marque, assistance commerciale), la Loi Doubin impose un DIP préalable.
Définition des produits concédés et de l'exclusivité de marque. Description exhaustive des produits ou services couverts par la concession : références, gammes, modèles, conditionnements. Marques concédées identifiées par leur numéro de dépôt INPI ou EUIPO. Précision de la licence d'usage des marques (limitée à la commercialisation sur le territoire concédé, sans transfert de propriété). Restrictions post-contractuelles sur l'usage des marques.
Délimitation précise du territoire exclusif. Périmètre géographique précis (communes, arrondissements, zones de chalandise, codes postaux). Pour les territories français incluant les DOM-TOM : précision sur leur inclusion ou exclusion (les DOM Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte ont un statut européen ; la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française ont un statut spécifique). Conformément au Règlement UE 2022/720 art. 4 b), le Concédant peut restreindre les ventes actives hors territoire mais doit autoriser les ventes passives. Les restrictions absolues des ventes passives sont des restrictions caractérisées interdites privant l'accord de l'exemption.
Critères qualitatifs de sélection et obligations de conformité. Liste exhaustive des critères qualitatifs uniformes que le Concessionnaire doit respecter en permanence : superficie et aménagement du point de vente, qualification et effectif minimum du personnel, équipements techniques, stock minimum de pièces de rechange, délais de service après-vente, formation obligatoire. Le modèle disponible sur forms-legal.com inclut une section dédiée à la vérification périodique de conformité aux critères de sélection, avec les conséquences contractuelles du non-respect (mise en demeure, perte d'exclusivité, résiliation).
Objectifs de performance et sanctions. Quotas annuels de ventes (unités vendues, chiffre d'affaires HT), indicateurs de satisfaction client, et taux de fidélisation. Sanctions progressives en cas de non-atteinte : premier avertissement formel, perte d'exclusivité sur partie du territoire, résiliation du contrat après mise en demeure. Les objectifs doivent être raisonnables et tenir compte des conditions du marché local pour ne pas constituer un déséquilibre significatif au sens de l'article L442-1 I 2° du Code de commerce.
Prix et conditions de vente conformes au droit de la concurrence. Conditions générales de vente du Concédant au Concessionnaire (prix de cession HT, remises commerciales, délais de paiement conformes à l'article L441-10 du Code de commerce — maximum 60 jours date facture ou 45 jours fin de mois). INTERDICTION ABSOLUE d'imposer des prix de revente fixes ou minimums au Concessionnaire (Code de commerce art. L420-2 et Règlement UE 2022/720 art. 4 a — restriction caractérisée). Les Prix Publics Conseillés (PPC) et les prix maximums sont admis.
Durée du contrat et conditions de résiliation conformes à l'article L442-1 II. Durée déterminée (généralement 5 ans minimum pour amortir les investissements du Concessionnaire) ou indéterminée avec préavis suffisant. Conformément à l'article L442-1 II du Code de commerce, la rupture brutale d'une relation commerciale établie sans préavis raisonnable engage la responsabilité de son auteur. La jurisprudence retient en pratique 1 mois par année de relation (Cass. com. 11 juin 2013), avec un maximum variant selon l'importance des investissements. Pour les concessions automobiles avec investissements lourds, les tribunaux ont accordé des préavis de 24 à 36 mois (Cass. com. 18 septembre 2012).
Comment remplir votre Contrat de Concession Exclusive France
Rédiger un Contrat de Concession Exclusive en France conforme au Règlement UE 2022/720, au Code de commerce français et aux règles du droit européen de la concurrence suppose le respect des étapes suivantes.
Étape 1 - Vérification de la conformité antitrust préalable. Avant de rédiger le contrat, vérifier que le Concédant et le Concessionnaire ont chacun une part de marché inférieure à 30 % sur le marché pertinent pour bénéficier de l'exemption automatique du Règlement UE 2022/720. Au-delà de 30 %, l'accord doit être analysé individuellement au regard de l'article 101 TFUE. Pour les marchés locaux spécifiques (automobile dans un département, pharmacies dans une ville), la définition du marché pertinent par référence aux lignes directrices de la Commission européenne de 2022 est indispensable.
Étape 2 - Définition précise des produits et du territoire. Décrire exhaustivement les produits ou services concédés avec leurs références, gammes et conditionnements. Délimiter précisément le territoire exclusif par communes, arrondissements ou codes postaux. Vérifier la cohérence entre le territoire attribué et les investissements requis du Concessionnaire (un territoire trop étroit peut rendre les investissements économiquement non viables et fragiliser le contrat).
Étape 3 - Définition et vérification des critères qualitatifs. Rédiger les critères qualitatifs de sélection de manière uniforme et objective. Les critères doivent être liés à la qualité du produit ou du service et proportionnés à l'objectif poursuivi (image de marque, sécurité des utilisateurs, service après-vente). Éviter les critères qui s'apparentent à des restrictions quantitatives (limitation du nombre de distributeurs à un seul sans critères objectifs) ou à des discriminations non justifiées.
Étape 4 - Fixation des objectifs de performance raisonnables. Fixer des objectifs de ventes annuels basés sur le potentiel réel du territoire (données de marché locales, historique de ventes dans le secteur, statistiques sectorielles INSEE) et non sur des quotas arbitraires. Des objectifs irréalistes peuvent être qualifiés de déséquilibre significatif au sens de l'article L442-1 I 2° du Code de commerce ou de pratique abusive. Prévoir des mécanismes de révision annuelle des objectifs en fonction des conditions du marché.
Étape 5 - Conformité des prix et conditions commerciales. Vérifier que le contrat ne contient aucune clause imposant des prix de revente fixes ou minimums (vérification systématique des clauses sur les Prix Publics Conseillés pour s'assurer qu'ils ne sont que des recommandations non contraignantes). Vérifier les délais de paiement (maximum légal 60 jours date facture ou 45 jours fin de mois selon l'article L441-10 du Code de commerce). Prévoir les conditions de livraison selon les Incoterms 2020.
Étape 6 - Durée et préavis suffisant. Fixer la durée en cohérence avec le niveau d'investissement requis du Concessionnaire. Prévoir un préavis de résiliation suffisant pour éviter la rupture brutale (Code de commerce art. L442-1 II) : 24 à 36 mois pour les concessions avec investissements lourds selon la jurisprudence. Prévoir les conditions de résiliation pour faute grave (mise en demeure préalable, délai de remédiation).
Étape 7 - Signature et enregistrement. Établir deux exemplaires originaux datés et signés. Vérifier que le contrat est rédigé en français (loi Toubon n°94-665 du 4 août 1994). Pour les concessions dans des secteurs réglementés (automobile, médicaments, dispositifs médicaux), vérifier les obligations d'information précontractuelle spécifiques. Conserver les originaux au moins 10 ans après la fin du contrat.
Exigences juridiques pour Contrat de Concession Exclusive France
Le Contrat de Concession Exclusive en France est soumis au droit national et européen de la concurrence, qui encadre strictement les restrictions verticales admissibles pour protéger le bon fonctionnement du marché intérieur européen.
Règlement UE n°2022/720 du 10 mai 2022 sur les restrictions verticales. Texte fondamental du droit européen de la concurrence applicable à la concession exclusive depuis le 1er juin 2022. Le règlement définit le safe harbor (exemption automatique pour les accords dont les parties ont chacune moins de 30 % de part de marché), les restrictions admissibles (exclusivité territoriale, critères qualitatifs de sélection, engagements de non-concurrence jusqu'à 5 ans), et les restrictions caractérisées (hardcore restrictions) qui privent l'accord de l'exemption et exposent les parties à des sanctions. Les Lignes Directrices de la Commission européenne du 30 juin 2022 complètent le règlement avec des exemples pratiques.
Interdit absolu des restrictions caractérisées. Quatre types de restrictions sont qualifiées de restrictions caractérisées et sont absolument interdites dans les contrats de concession exclusive en France et en Europe : l'imposition de prix de revente fixes ou minimums au Concessionnaire (article 4 a du Règlement UE 2022/720 et article L420-2 du Code de commerce — les PPC recommandés et les prix maximums sont admis) ; la restriction absolue des ventes passives du Concessionnaire vers des clients hors territoire (article 4 b) ; la restriction des ventes croisées entre membres du réseau de distribution (article 4 d) ; l'interdiction absolue des ventes en ligne sans critères objectifs (article 4 e). La DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) et l'Autorité de la concurrence française contrôlent activement le respect de ces interdictions.
Sanctions du droit français de la concurrence. L'Autorité de la concurrence française (Code de commerce art. L461-1 et suivants) peut infliger des amendes administratives pouvant atteindre 10 % du chiffre d'affaires mondial consolidé pour les pratiques anticoncurrentielles (article L464-2 du Code de commerce). Le Ministre de l'Économie et la DGCCRF peuvent saisir le Tribunal de commerce pour faire prononcer la nullité des clauses abusives (article L442-4 du Code de commerce) et des dommages-intérêts pouvant atteindre 5 millions EUR ou 5 % du chiffre d'affaires HT en France. La Commission européenne dispose de pouvoirs d'enquête et de sanction pour les pratiques ayant un effet sur les échanges entre États membres.
Rupture brutale d'une relation commerciale établie (Code de commerce art. L442-1 II). La rupture d'un contrat de concession exclusive sans préavis suffisant expose son auteur à des dommages-intérêts correspondant à la marge brute perdue pendant la période de préavis manquante. La jurisprudence française retient en pratique un préavis de 1 mois par année de relation commerciale (Cass. com. 11 juin 2013), avec des délais plus longs pour les concessions ayant nécessité des investissements importants (Cass. com. 18 septembre 2012 — concession automobile : 36 mois). Le Tribunal de commerce de Paris est compétent pour les pratiques anticoncurrentielles complexes (Code de commerce art. L420-7).
Erreurs courantes à éviter dans votre Contrat de Concession Exclusive France
Le Contrat de Concession Exclusive en France fait l'objet d'erreurs récurrentes qui peuvent entraîner des sanctions de l'Autorité de la concurrence, la nullité de clauses ou des condamnations civiles importantes devant le Tribunal de commerce.
Erreur 1 — Imposer des prix de revente fixes ou minimums. L'imposition de prix de revente fixes ou minimums au Concessionnaire est la faute antitrust la plus fréquente dans les réseaux de concession en France. Cette pratique constitue une restriction caractérisée au sens de l'article 4 a) du Règlement UE 2022/720 et de l'article L420-2 du Code de commerce. Elle prive l'accord de l'exemption par catégorie et expose le Concédant à des sanctions de l'Autorité de la concurrence française (amende jusqu'à 10 % du CA mondial consolidé, article L464-2 Code de commerce) ou de la Commission européenne. Les Prix Publics Conseillés (PPC) et les prix maximums sont admis s'ils ne constituent pas dans les faits des prix imposés (par pression économique ou avantages conditionnels). L'Autorité de la concurrence a sanctionné plusieurs réseaux : parfumerie selective (décision 06-D-04), électroménager (décision 12-D-01).
Erreur 2 — Définir des critères de sélection non uniformes ou discriminatoires. Les critères de sélection qualitative doivent être uniformes (appliqués identiquement à tous les distributeurs potentiels dans le réseau) et objectivement liés à la qualité du produit ou du service. Des critères discriminatoires (appliqués sélectivement, favorisant certains distributeurs au détriment d'autres) peuvent être qualifiés de pratiques anticoncurrentielles au sens de l'article 101 TFUE ou d'abus de position dominante (article 102 TFUE et article L420-2 du Code de commerce). La CJUE (arrêt Binon du 3 juillet 1985, arrêt Pierre Fabre du 13 octobre 2011) a précisé les conditions de validité des critères qualitatifs.
Erreur 3 — Négliger la protection des ventes passives. Restreindre les ventes passives du Concessionnaire (réponses à des sollicitations spontanées de clients hors territoire) est une restriction caractérisée interdite par l'article 4 b) du Règlement UE 2022/720. Cette erreur est fréquente dans les contrats rédigés sans expertise en droit européen de la concurrence. Bonne pratique : autoriser expressément les ventes passives dans le contrat, même pour les clients situés dans le territoire d'autres concessionnaires du réseau.
Erreur 4 — Préavis insuffisant en cas de résiliation. Mettre fin à une concession exclusive de longue durée avec un préavis insuffisant expose le Concédant à des dommages-intérêts importants au titre de l'article L442-1 II du Code de commerce (rupture brutale d'une relation commerciale établie). Pour les concessions ayant nécessité des investissements lourds (showroom automobile, atelier certifié, stock de démonstration), les tribunaux ont accordé des préavis de 24 à 36 mois (Cass. com. 18 septembre 2012). Bonne pratique : prévoir contractuellement un préavis suffisant proportionnel aux investissements du Concessionnaire et à la durée de la relation.
Erreur 5 — Dépasser le seuil de 30 % de parts de marché sans analyse individuelle. Le Règlement UE 2022/720 réserve l'exemption automatique aux accords dans lesquels le Concédant et le Concessionnaire ont chacun moins de 30 % de parts de marché sur le marché pertinent. Pour les marques dominantes (parts de marché supérieures à 30-40 %), l'accord doit être analysé individuellement au regard de l'article 101 TFUE. Bonne pratique : évaluer régulièrement les parts de marché et adapter les clauses restrictives en conséquence, en consultant un expert en droit de la concurrence.
Questions Fréquentes
La concession exclusive et la franchise sont deux modes distincts d'organisation des réseaux de distribution en France, souvent confondus. La concession exclusive (régie par le Règlement UE 2022/720 et le Code de commerce art. L420-2) est un contrat par lequel un Concédant accorde à un Concessionnaire le droit exclusif de vendre ses produits sur un territoire défini, avec des critères qualitatifs à respecter. Le Concessionnaire achète les produits pour les revendre en son propre nom, supporte le risque commercial, et ne bénéficie pas automatiquement d'une indemnité de fin de contrat (sauf rupture brutale au sens de l'article L442-1 II du Code de commerce). La franchise (régie par la Loi Doubin n°89-1008 du 31 décembre 1989, codifiée à l'article L330-3 du Code de commerce, et le Code européen de déontologie de la franchise) est un contrat par lequel un Franchiseur accorde au Franchisé le droit d'exploiter un concept commercial intégré comprenant une marque, un savoir-faire transmis, une assistance commerciale et technique continue. La franchise impose la remise obligatoire d'un Document d'Information Précontractuelle (DIP) au moins 20 jours avant la signature. L'absence de DIP peut entraîner la nullité du contrat pour vice du consentement. Certains réseaux combinent les deux : concession exclusive avec éléments de franchise (charte graphique, formation, assistance). Dans ce cas mixte, la Loi Doubin s'applique et le DIP est obligatoire.
Non, le Concédant ne peut pas imposer des prix de revente fixes ou minimums au Concessionnaire en France. Cette pratique est qualifiée d'entente verticale sur les prix (Resale Price Maintenance, RPM) et constitue une restriction caractérisée (hardcore restriction) au sens de l'article 4 a) du Règlement UE 2022/720 du 10 mai 2022 sur les restrictions verticales, interdite également par l'article L420-2 du Code de commerce et l'article 101 TFUE. La restriction caractérisée prive l'accord de l'exemption par catégorie et expose le Concédant à des sanctions de l'Autorité de la concurrence française (amende jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial consolidé selon l'article L464-2 du Code de commerce) ou de la Commission européenne. En revanche, le Concédant peut communiquer des Prix Publics Conseillés (PPC) et des prix maximums, à condition qu'ils n'aboutissent pas dans les faits à des prix imposés (par pression économique, représailles ou avantages conditionnels liés au respect des prix conseillés). L'Autorité de la concurrence française surveille activement les réseaux de distribution sélective pour détecter les pratiques de prix imposés déguisés en prix conseillés.
Le délai de préavis pour résilier un contrat de concession exclusive en France n'est pas fixé légalement de manière uniforme, mais est encadré par l'article L442-1 II du Code de commerce qui sanctionne la rupture brutale d'une relation commerciale établie. La jurisprudence retient en pratique un préavis de 1 mois par année de relation commerciale (Cass. com. 11 juin 2013), avec des maximums variant selon les investissements réalisés par le Concessionnaire. Pour les concessions automobiles ayant nécessité des investissements importants (showroom, atelier certifié, stock véhicules), la Cour de cassation a accordé des préavis de 24 à 36 mois (Cass. com. 18 septembre 2012). Pour les concessions moins capitalistiques (distribution de produits de consommation courante), des préavis de 12 à 18 mois sont retenus. Le non-respect du préavis engage la responsabilité de son auteur et donne droit à des dommages-intérêts évalués sur la marge brute perdue pendant la période de préavis manquante. Bonne pratique : prévoir contractuellement un préavis suffisant et respecter scrupuleusement ce délai ; notifier la résiliation par lettre recommandée avec accusé de réception en indiquant le motif.
Oui, le Concessionnaire peut généralement vendre en ligne, y compris en réponse à des demandes de clients situés hors de son territoire exclusif (ventes passives), conformément au Règlement UE 2022/720 du 10 mai 2022 sur les restrictions verticales. La vente en ligne sur un site internet du Concessionnaire constitue en principe une forme de vente passive (le Concessionnaire ne cible pas activement des clients hors territoire — il répond simplement aux demandes qui lui parviennent via son site). Restreindre absolument les ventes en ligne du Concessionnaire constituerait une restriction caractérisée interdite par l'article 4 e) du Règlement UE 2022/720. Toutefois, certaines restrictions sont admissibles. Le Concédant peut : imposer des critères qualitatifs pour le site internet du Concessionnaire (qualité visuelle, ergonomie, services associés) cohérents avec les critères de sélection physique ; interdire la vente sur des marketplaces tierces non agréées (Amazon, eBay) si cela préserve l'image de luxe ou de prestige de la marque (CJUE, arrêt Coty Germany du 6 décembre 2017) ; pratiquer un double système de prix (dual pricing) avec des prix de cession différents pour les ventes physiques et les ventes en ligne, sous les conditions strictes du Règlement 2022/720.
Une restriction caractérisée (hardcore restriction) dans un contrat de concession exclusive est une clause qui prive automatiquement l'accord de l'exemption par catégorie du Règlement UE 2022/720 du 10 mai 2022, car elle est présumée produire des effets anticoncurrentiels tellement graves qu'aucune justification économique n'est admise. Le Règlement UE 2022/720 liste quatre types de restrictions caractérisées à l'article 4 : l'imposition de prix de revente fixes ou minimums au Concessionnaire (article 4 a) — les PPC et prix maximums sont admis ; la restriction absolue des ventes passives du Concessionnaire vers des clients situés hors de son territoire exclusif (article 4 b) ; la restriction des ventes croisées entre membres du réseau de distribution (article 4 d) ; l'interdiction absolue des ventes en ligne sans critères objectifs (article 4 e). Une restriction caractérisée prive l'ensemble de l'accord de l'exemption et l'expose à des sanctions de l'Autorité de la concurrence française (amende jusqu'à 10 % du CA mondial, article L464-2 Code de commerce) et de la Commission européenne. La présence d'une seule restriction caractérisée dans le contrat suffit à le priver de l'exemption. Les parties ne peuvent pas se prévaloir d'une exemption individuelle au titre de l'article 101 §3 TFUE pour justifier une restriction caractérisée, sauf dans des cas exceptionnels et très strictement définis.
Contrairement à l'agent commercial qui bénéficie d'une indemnité de clientèle légale obligatoire (Code de commerce art. L134-12, en pratique 2 ans de commissions brutes), le Concessionnaire en France n'a pas droit à une indemnité de fin de contrat automatique. Toutefois, plusieurs fondements juridiques permettent au Concessionnaire évincé d'obtenir une indemnisation. Premièrement, la rupture brutale sans préavis suffisant est sanctionnée par l'article L442-1 II du Code de commerce : l'indemnité correspond à la marge brute perdue pendant la période de préavis manquante. Pour une concession automobile de 10 ans avec 36 mois de préavis attendus et 0 mois accordés, l'indemnité peut représenter 3 ans de marge brute du Concessionnaire. Deuxièmement, pour les concessions ayant nécessité des investissements significatifs (showroom, atelier, formation), le Concessionnaire peut obtenir une indemnité complémentaire sur le fondement de l'enrichissement sans cause (Code civil art. 1303 à 1303-4) si le Concédant a bénéficié de ces investissements. Troisièmement, si le contrat comporte des éléments de franchise (transmission de savoir-faire, licence de marque, assistance commerciale), le Concessionnaire peut arguer de l'application du régime protecteur de la Loi Doubin. Bonne pratique : prévoir contractuellement des modalités d'indemnisation de fin de contrat pour éviter les contentieux.
Ce modèle est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique. Les lois varient selon la juridiction et évoluent avec le temps. Consultez un avocat qualifié pour obtenir des conseils adaptés à votre situation.Clause de non-responsabilité complète
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